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CHRONIQUE : HISTOIRE VÉCUE SUR LES CHEMINS
décembre 2008
« LE FAUX PELERIN M’A TOUT PRIS ! »
« Je me suis sentie abusée, c’est à la fois une trahison envers ma confiance et ma générosité ! » Depuis son petit village traditionnel du Sud de la France, Jocelyne (1) nous fait part de son expérience malheureuse lorsqu’elle a hébergé un "coquillard" des grands chemins.
« Je n’ai jamais parcouru le chemin de Saint-Jacques de Compostelle qui fait halte dans notre village, mais comme je voyais souvent passer des pèlerins à la recherche d’un gîte et d’un couvert, l’idée m’est venue de les accueillir chez moi, pour une nuit ou deux. Je les reçois toujours de manière très simple, il s’agit juste de partager un bon repas chaud et parfois une veillée de prière. Ce sont souvent des gens très conviviaux, cultivés et curieux de tout ».
En tout cas, elle se défend de faire concurrence au gîte communal : « les pèlerins viennent chez moi lorsqu’il n’y a plus de place dans le gîte ; en aucun cas je ne fais ça pour l’argent, même si certains me laissent parfois une petite contribution ».
Hélas ! Dans le courant du mois d’octobre, Jocelyne a connu sa plus grande désillusion en tant qu’hébergeuse et amie du chemin : « Un soir, un ami m’a présenté un pèlerin qui venait d’arriver dans le village, alors que le gîte communal était fermé. Je lui ai donc proposé de l’héberger, à titre gracieux car il avait l’air particulièrement démuni ». Confiante, Jocelyne ouvre donc sa maison à l’individu, qui se présente comme un prêtre orthodoxe grec, et qui paraît souffrir de la jambe gauche. « Pas un instant je ne me suis douté qu’il pouvait être malhonnête. Il est resté cinq jours chez moi, pour reposer sa jambe. C’était un jeune homme très sympathique, qui paraissait connaître très bien les différents chemins de Saint-Jacques de Compostelle. Il m’a montré des photos du monastère dont il disait venir, en Grèce, ainsi qu’une lettre de recommandation d’un ecclésiastique ».
« J’ai commencé à m’interroger lorsque j’ai vu qu’il transportait des chandeliers en argent et une vingtaine de disques compact. J’aurais dû me méfier, mais il agissait de manière vraiment naturelle, avec l’air de n’avoir rien à cacher ».
C’est après le départ du « pèlerin » que Jocelyne s’est rendue compte de l’abus de confiance dont elle a été victime. « J’ai voulu regarder les photos que j’avais prises pendant son séjour, et je me suis alors aperçue que mon appareil photo avait disparu. J’ai commencé à faire le tour des choses de valeur que je possède, sans vouloir y croire, mais à la fin de la journée j’ai dû me rendre à l’évidence, il m’avait tout volé : bijoux, matériel hi-fi, même les photocopies de mes papiers d’identité ! » .
« Je me suis immédiatement rendue à la police pour porter plainte et donner une description détaillée de cet individu, qui avait séjourné cinq jours chez moi ! »
Jocelyne comprend aujourd’hui qu’elle a manqué de vigilance : « Il va me falloir du temps avant d’héberger à nouveau des inconnus chez moi, même si je sais bien que la majorité des pèlerins sont des gens honnêtes et bienveillants. Mais la prochaine fois, je prendrai un minimum de mesures pour éviter de revivre ce cauchemar, en exigeant par exemple qu’ils me montrent leur carte d’identité.»
Comment en est-on arrivé là ?
Les « coquillards » ont de tout temps existé. Ces personnes circulent sur les chemins de Saint-Jacques de Compostelle, en se faisant passer pour des cheminants pèlerins, dans le but de commettre méfaits, vols, escroqueries diverses. Ces « faux pèlerins » sont difficilement identifiables. Intelligents et manipulateurs, d’un abord sympathique et cordial ils peuvent avoir une très bonne connaissance des chemins, soit par expérience, soit parce qu’ils se sont informés préalablement et de manière parfois très détaillée. Ils arrivent ainsi à inspirer confiance, en jouant parfois sur le caractère spirituel et/ou religieux de leur « pèlerinage ». Pourtant, se dire pèlerin ou être muni de la crédencial ou de la créanciale ne constitue pas en soi un gage de bonne conduite ! Il est de la responsabilité de chaque hébergeur de s’assurer a minima de l’identité des gens qu’il accueille, par exemple en demandant la présentation d’une pièce d’identité et surtout de ne pas porter une confiance absolue à la chaîne d’accueil qui envoie ces personnes, lorsque c’est le cas.
Les dangers et les dérives des chaînes d’accueil et de l’hébergement au « donativo »
Héberger des personnes chez soi constitue une activité commerciale dès lors qu’elle est pratiquée régulièrement et que l’on en tire des revenus. L’hébergeur doit remplir certaines obligations pour pouvoir l’exercer en toute légalité (2), telles que s’inscrire en mairie, tenir un registre, respecter les normes d’hygiène, de sécurité et de salubrité, déclarer ses revenus, ou encore s’acquitter des impôts et taxes qui en découlent (ex : la taxe de séjour). Contrairement à ce que certains hébergeurs au sein des chaînes d’accueil, mais aussi certains offices de tourisme avancent, on ne peut pas faire ce que l’on veut chez soi à partir du moment où l’on perçoit une rémunération !
De plus, si vous hébergez des pèlerins chez vous de manière régulière, à titre gratuit ou payant, vous devez le signaler à votre assureur. Ainsi, votre responsabilité civile vous couvrira contre les accidents éventuels qui pourraient survenir pendant leur séjour (chute, intoxication alimentaire, etc). Car en cas de problème, il peut y avoir enquête (de voisinage notamment) par l’assurance pour savoir dans quelles circonstances ces personnes séjournaient chez vous.
Enfin, certains hébergeurs jouent sur la notion de « donativo » (participation libre) pour engranger des revenus substantiels sous couvert de « solidarité chrétienne ». A leurs risques et périls ! Ce genre de pratique peut être taxé de travail au noir et donc de concurrence déloyale envers les hébergements déclarés !
En résumé : HEBERGEURS ! POUR LE CONFORT ET LA SECURITE DE TOUS SUR LES CHEMINS :
- Déclarez-vous !
- Assurez-vous !
- Exigez toujours une pièce d’identité des personnes que vous hébergez, qu’ils soient randonneurs, touristes ou pèlerins !
- Gardez toujours un minimum de recul et de méfiance !
- Ne laissez jamais quelqu’un SEUL chez vous en votre absence !
(1) Le nom a été modifié pour préserver l’anonymat du témoignage.
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